Les interprètes de conférence sont-ils vraiment des Diva ?

par | Jan 30, 2018 | Actualités

Les interprètes de conférence sont-ils vraiment des Diva ?

par | Jan 30, 2018 | Actualités | 0 commentaires

Qu’ont en commun les joueurs de tennis et arbitres ; acteurs et réalisateurs ; interprètes et organisateurs de conférences ? Ce sont sans doute les « partenariats » professionnels les plus explosifs. Combien de joueurs de tennis ont jeté leur raquette sur une décision de l’arbitre ? Combien d’acteurs ont déchiré leur script devant un réalisateur exigeant ? Combien d’interprètes ont claqué leur bouteille d’eau vide de rage face à l’incompétence d’un organisateur ?

Ce n’est pas un secret dans l’événementiel que les organisateurs trouvent les interprètes difficiles à gérer. Après avoir installé une cabine et un système audio coûteux, distribué des casques à tous les participants, testé le système plusieurs fois avec la régie, ce n’est pas étonnant que les organisateurs soient peu réceptif aux interprètes qui commencent la journée par se plaindre. Néanmoins, les interprètes font un travail exigeant, sous beaucoup de tension, qui demande de très bonnes conditions : une espace confortable, considérant qu’ils passent toute la journée dans une petite cabine, casques et consoles fonctionnels, de l’eau, pas de bruit de fond… Pourtant, les interprètes ont acquis une mauvaise réputation et en dépit de leur travail respecté, ils sont souvent considérés comme capricieux. Est-ce que les interprètes n’ont vraiment aucune raison de se plaindre ? Pour clarifier les deux côtés du conflit, ici a Linguali on a parlé avec les deux professionnels : un directeur d’une agence d’organisation événementiel, et avec James Anderson, interprète et cofondateur de Linguali.  

Organisateur Événementiel :

Avez-vous une stratégie pour garantir que l’interprétation soit une réussite à vos conférences ?

Choisir des interprètes sur recommandation avec des bonnes références et avec une bonne connaissance des thématiques des conférences.

Caler des rendez-vous avec toutes les interprètes et leur transmettre un brief de mission écrit et complet.

Leur transmettre les keynotes en amont.

Sur l’événement, choisir un interprète référent comme chef de groupe pour faire l’interface avec les autres et éviter de gérer au cas par cas le jour.

Etablir un devis précis en amont avec les indemnités de déplacement et droits d’enregistrement.

Respecter le cadre réglementaire de la profession (durée de travail, défraiement, frais d’enregistrement…)

En général, vos expériences de travailler avec des interprètes sont-elles plutôt positives ou négatives?

Nos expériences ont été majoritairement positives. Les expériences négatives étaient souvent liées à la traduction elle-même qui ne respectait pas exactement le sens de l’intervention voulu par l’intervenant. Au-delà dune bonne maîtrise de la langue, les compétences techniques sur le sujet sont nécessaires à la bonne retranscription des interventions

Etes-vous compréhensif quand les interprètes se plaignent la journée de la conférence, ou est-ce que vous trouvez que c’est capricieux ?

Quand un interprète se plaint c’est qu’on n’a pas respecté sa demande initiale c’est pour ça qu’on essaye d’anticiper le plus possible sa demande en amont. Les caprices sont plus liées à la personnalité de l’interprète qu’à la profession elle-même et comme la profession est règlementée parfois certains en abuse.

Est-ce que vous avez eu une expérience particulièrement mauvaise avec la gestion de l’interprétation à une de vos conférences ?

Oui une mauvaise expérience une fois due à des conditions de travail difficile, bruit, chaleur…

James Anderson, Interprète :

Quelles sont les conditions requises par les interprètes pour travailler efficacement à une conférence ?

Surtout, il faut que l’interprète puisse se concentrer – maintenir le rythme d’un intervenant, capturer leur ton et humour et parfois aborder des difficultés comme le marmonnement, bégaiement, explications peu claires et des intervenants nerveux, est tout un travail. S’il y a le moindre bruit de fond, la concentration de l’interprète sera brisée. Pour cette raison il faut absolument des cabines – en particulière, des cabines insonorisées et avec un système de ventilation silencieux. Il ne faut jamais lésiner sur une cabine.

Un interprète professionnel va souvent dédier quelques jours pour se préparer, acquérir la connaissance et le vocabulaire nécessaires pour la session. C’est plus que décevant quand les conditions de travail ne sont pas au niveau minimum et que notre travail est affecté par des conditions de travail pénibles.

Pour maintenir un niveau de concentration élevé et constant trois heures durant, sans la moindre fatigue, il faut être physiquement et mentalement robuste. On a besoin de boire à notre bureau vu qu’on n’est pas libre d’aller chercher de l’eau au milieu de la séance. Les cabines qui sont trop chauffées ou climatisées ou ne sont pas assez éclairées ou qui n’ont pas une bonne visibilité sur les  intervenants, comptent aussi comme mauvaises conditions pour ce genre de travail stressant et exigeant.

Pour fournir une interprétation constante et sans défaut, il faut qu’un interprète fasse une pause de temps en temps – deux séances de trois heures par jour est un maximum, et chaque séance doit être séparée par au moins 90 minutes de pause. Voilà les conditions élémentaires pour l’interprétation de conférences ; pour voir le document entier ce qui détaille les conditions officielles pour l’interprétariat, visiter le site AIIC

Quelles sont les pires conditions de travail que vous avez eues à endurer à une conférence ?

On a dû travailler avec des bidules dans une amphithéâtre sans cabines (en fait cela arrive souvent !)

Pensez-vous que juste que les interprètes soient considérés capricieux ?

Parfois c’est un critique juste, cependant les interprètes sont souvent perçus comme capricieux parce que les non-interprètes ne comprennent pas comment notre travail est difficile, ou l’importance d’éliminer le bruit de fond. Leur préoccupation principale est de réaliser leur travail le mieux possible ; ils n’aiment pas se plaindre.

N’importe quelle conférence est réalisé avec énormément de stress et de tension dans les coulisses, parce qu’il faut que plusieurs facteurs se réunissent pour réussir. Ici a Linguali, on comprend que le travail d’un organisateur est stressant, ainsi que le niveau élevé de travail qui est demandé aux interprètes. Il est facile de comprendre pourquoi le conflit existe. Les plaintes de l’interprète sont justifiées ; quand les bonnes conditions sont fournies par un organisateur qui a bien compris leurs besoins, ils travaillent sans plaintes et à un niveau élevé. Et une bonne qualité d’interprétation est bien sûr le but désiré par un organisateur de conférence.

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